05 août 2011

LES FORTS EN TÊTE

Du jadis 
Comme l’avez noté, en dépit d’un enracinement multi séculaire en terres Wisigoths... abreuvé dès l’éveil de bastons farouches aux méandres montagneux des Pyrénées Cathares, biberonné à l’évitement comme au rentre lard dès que les pognes sont en mesure de saisir un cuir... sommes peu enclin au cocardisme primaire en matière de rugby. Ce qui nous kif avant toute chose, c’est la manière, l’engagement collectif, la tronche bien faite et le cuissot vaillant... la figure savante, l’open space subséquent d’un acharnement tenace à conquérir le module... la classe, l’astuce, la belle passe !!! Arf !!!
Le grand XV, Vatican des saveurs, des exégètes transpirants, ravive en nos cellules mémorielles le souvenir précis d’anciennes luttes, honorables, justes, sanglantes... comme la joie primaire de se mesurer à plus fort que soi en rivalisant d’ingéniosité pour atteindre l’en-but. L’en-but, c’est du pâtis, le but, la transmission... la subtile équation... le beau terrain... tsoin !!!
Sur un pré d’ovalie, la mort est symbolique. « Tuez-les tous... dans le bon sens du terme » formule bien connue souventefois exprimée par nos entraîneurs avant le départ au front !!! Ach !!!
Quelle hallu, quelle fascination, quel transport quand merdaillon serrions la paluche d’un Spanghero du Stade, d’un Rives Toulousain, d’un Maso Narbonnais etc... d’un Estève Biterrois sortant des vestiaires ruisselant et mâché, maquillé d’ecchymoses, superbe bestiole à la force d’Hercule... la binette au niveau du genou de cette montagne humaine qui nous semblait surnaturelle. La toucher c’était frôler un dieu... quelque chose d’inaccessible, de surhumain... nous montrant partant le chemin à parcourir pour anéantir un jour nos craintes d'encore frêle combattant.
« Le gazier le plus fort pris aux chevilles tombe comme une enclume... tous à la même enseigne... pas de quartier... tous au buffet... sont idem au placage... ». La voix répétitive et sacrée de l’ancien qui n’en finissait pas de nous seriner les esgourdes quand prétendions que l’autre était beaucoup trop balaise pour nous... après le raté d’un placage.

La première et fondamentale baston en effet au rugby c’est la lutte contre soi-même. La peur qui vous tient, vous tiraille, ces représentations impératives qui vous font croire en la supériorité évidente de l’adversaire quand il est plus gros, plus vite, plus méchant... qui vous fige la jugeote... jusqu’au premier contact libérateur pour autant qu’en saisissiez la vertu.
Faut avaler du choc pour savourer le choc et trouver la confiance en soi nécessaire à la fermeté du moi... malléable et instable quand on n'a que dix ans. Le rugby vous fait comprendre ça... vous mesure, vous jauge... vous impose un ressaisi rapide après un carton qui vous coupe le souffle... qu’un gazier vous impressionne... vous obligeant fissa à ne pas se confondre en tartinades de flip ! Ouisp !

On se souvient encore de ce jour ensoleillé, crampons acérés, bien cirés... pelouse parfaite, cuissot tonique... nous nous sentions intouchable. Des filles du groupe dont ycelle dévolue au tournoiement de notre carafe, sinon au savant froissement de notre âme romantique... des filles disions, venues nous encourager, inondaient de leur présence les tribunes d’enthousiasme, d’innocence, de joie... sinon de fièvre... nous imposant de fait à conquérir le pré.
Bref ! Avions du cœur et l’envie profonde d’en découdre. Intouchable prétendions. Dès la première empoigne du cuir... du zèle, de l’audace, du feu dans les cannes parcourons plein de fougue quelques vingt mètres au travers d’une défense invisible tant étions rapide comme l’hase... en-but en point de mire à deux pas de l’exploit quand le flanker adverse du tonnerre de diable débarqué de Vauvert, bille au buffet nous tamponne les flancs avec une violence ciblée... ravageant sans mesure l’intouchable gazier.. pour le coup ratatiné !!! Ouch ! Ach ! Et tapis ! Tronche dans les brumes à brouter le foin... douleur aux tripes... on se souvient encore du goût le l’herbe... de la terre entre les ratiches... de la pesanteur du monde... de ses 36 chandelles en place d'azur ! Arf !!! Le temps qui suivit fut consacré à faire bonne figure, comme si de rien n’était... pourtant étions sacrément affecté par la puissance du gonze, et l’on doit avouer qu’on passait le cuir quand sa tignasse s’approchait par trop de notre aire. Il nous a fallu du temps pour revenir dans le match. C’est de ce temps dont causions. Rapidement se ressaisir, ne pas laisser la tronche vous jouer le sale tour de vous en faire accroire, la crainte vous tarauder... se confronter au gonze dominant dans un temps record. La gageure.
Au rugby, il y a toujours plus fort que vous... il s’agit bien de ne pas le croire... de conserver sa tête, dissoudre l’idée maligne... et contourner l’obstacle avec malice... sinon avec fermeté s'y mesurer ! Yeah !!!
Plus tard l’aphorisme stoïcien résuma parfaitement ce moment douloureux. : « Devant tout ce qui t’arrive, pense à rentrer en toi-même et cherche quelle faculté tu possèdes pour y faire face. Tu aperçois une belle fille ? Trouve en toi la tempérance. Tu souffres ? Trouve l’endurance. On t’insulte ? Trouve la patience... On te chicore l’abattis ? Trouve le répondant... l’astuce... la feinte... le mordant. La pétoche s'immisce ?Normal... mais ce n'est qu'un prémisse... rentre dans le lard... et pourfend...  Ach !!! . (on souligne)
En t’exerçant ainsi tu ne seras plus le jouet de tes représentations. » Ainsi parlait l’Epictète. Ainsi une des premières leçons de vie apprise sur le pâtis, quand mouscaille hallucinée rêvions de côtoyer un jour ces dieux du cuir... beaucoup trop forts pour nous !!! Hips !!!

PS : Une précision nécessaire pour les néophytes, ce papelard étant consacré à l'un d'eux, encore minot. Les avants ont moins de problèmes avec les gros tampons qui vous réduisent à néant... du permanent chez eux... sont équipés pour, dirons-nous... rentrent tout de suite dans le vif du sujet... dès l’entame, le premier ruck... la fournaise les galvanise... se mesurent immédiat à l’adversaire en somme... vont aussi moins vite. Pour les trois quarts c’est une autre histoire. Vous pouvez passer du temps sans contact... la première touche est primordiale... zêtes pas chaud d’entrée de jeu... le premier choc n’a donc pas le même impact que celui d’un gros du pack !!! En sus quand zêtes bambin, c’est pas toujours le collectif qui prime... les ailiers par exemple peuvent poiroter des plombes avant la première prise en main... le premier ravage ! Arf !
© Le Pilier