30 janvier 2019

ALL BLACKS NÉGUENTROPIQUES

Dans une quinzaine, reprise du meilleur championnat planétaire. Pour nous mettre en cannes, rien de tel qu’un Super XV d’hémisud tout neuf, histoire d'ébranler l’atonie ambiante, s'extraire du roupillon saisonnier, somme toute nécessaire à tout organisme qui s’enquille des joutes de hautes tenues, titulaire à chaque grande rencontre, dans un sofa commode et qui ne lésine pas à confronter ses analyses devant les plus performantes teams du grand sud !!! Arf !!! 
Comme manière d’échauffement on se repasse d’anciennes bastons sur le Tube, revisionne des séquences marquantes, saupoudrées d’échanges avec quelques rares férus de cuir, sensibles à la raison, imperméables aux flonflons, calinotades et autres billevesées qui s’étalent un peu partout dans notre coin d’ici. Pour débuter l’échauffement et préparer en douce la nouvelle saison, on vous livre gratos cette entame avec l’impeccable Frédo, histoire de revitaliser les tuyaux, sans déperdition d’énergie… une petite séance cognitive avec des Blacks néguentropiques !!! 
Une autre galaxie, NZ plus… pour la nommer, lointaine, qui n’a même pas attendu la fin du XVIIIème siècle pour piger ce qu’est le rugby de mouvement… pléonasme s’il en est, mais que semblent découvrir nos coquillards tricolorés !!! A bon entendeurs !!!
C’est parti !!! La parole est au king, comme l'atome est partout !!! hips !!!



Seconde loi de la thermodynamique - toute transformation irréversible, dans un système isolé ou fermé, entraîne une augmentation de l’entropie. 
L’entropie de l’univers augmente, indéfiniment. 
D'un point de vue philosophique on associe cette théorie à celle du désordre, l’univers tend naturellement au chaos
A l’inverse, sans intervention extérieure, le désordre ne peut devenir ordre. 

Pour répondre à cette vision, toujours philosophiquement, on a inventé alors le concept de néguentropie ou entropie négative. L'entropie étant énoncée comme spontanément croissante en système isolé, la notion de néguentropie est donc nécessairement limitée dans le temps ou l'espace ou ne peut s'appliquer qu'à un système ouvert. 
La néguentropie est ainsi utilisée en systémique comme synonyme de la force de cohésion
Les Blacks sont un système ouvert, on l’a déjà écrit. Adaptable. Darwinien. 
Et les Blacks sont néguentropiques

- Mais vraiment mon bon monsieur ? 
- Vi ! 
- Et c’est grave docteur ? 
- Pour les autres seulement.

Prenons le cas classique du turn-over. 
Les ceux d’en face paument ou se font piquer le cuir, et que passa alors ? Alors simple, les Blacks reconstituent une ligne d’avantage. Les n° dans le dos ne comptent plus car ils n’ont pas d’importance. Comme au rugby à 7 quand il est bien joué (bénis soient les fidjiens quand ils nous régalent la rétine). Chacun se place ou se replace – et tout est dans le placement – comme pointe d’attaque, relais, ball carrier, flèche noire, éclaireur, logistique aval, depuis l’endroit où il se situe sur le pré, quel qu’il soit. 
Ça donne un Codie Taylor qui marque comme ailier ou son alter ego Dan Coles toujours en jambes comme un ¾ et qui tatane au pied des passes millimétrées, un Joe Moody qui cad deb, le géant Rettalick qui enrhume avec son jeu de main, un Ioane en amont de ses centres, un Read en bord de touche, un TJ qui joue gros bras en 1ère ligne de front (comme feu Kelleher), le Savea aux dreadlocks (une vraie anguille çuilà) qui fait des passes à la Sonny Bill, etc etc… 
Dans une situation désorganisée, chaotique, ils recréent immédiatement, instantanément de l’organisation, de l’ordre, un schéma d’attaque (car schéma il y a toujours), « simplement » , car tout le monde sait jouer la partition sur d’autres instruments que le sien tout en gardant le tempo, le good flow, conséquence il y a toujours symphonie. 

C’est pile poil la définition de ce dont on cause. 
Ya des raisons culturelles of course. 
Le rugby s’apprend au pays du long nuage blanc non pas par classe d’âge, mais par classe de poids…et pieds nus. Gros minot joue en centre avec des plus âgés, et sera peut-être pilier later, petit gringalet joue devant avec des plus jeunes, et sera peut-être demi de mêlée plus tard, du coup savent tout faire les gus car formés à tout. 

A courir pieds nus tout n’est pas vitesse, non, pour qu’il y ait décalage, pour que ça fasse prise d’intervalle, tout est dans la trajectoire - regarder courir Mc Kenzie est pour cela un pur bonheur ! Faut voir son essai contre les Boks, course totally intouchable, sur autre planète le gars, un autre espace-temps, la 4ème dimension… 

A l’inverse le steak Chabal savait courir que tout droit… quand il défonce la mâchoire du grand Ali Williams… l’autre l’attend 10m avant à genoux car il savait où il allait atterrir…. de la carne toujours trop cuite tout çà…imbouffable quoi. 
Et c’est pour ça que leur rugby est total, n’importe quelle situation est une possibilité, un levier, une opportunité, qu’on soit arrière ou avant, petit ou big size, à droite ou à gauche, ça cause same language, toujours, ils se comprennent pour spontanément reconstruire, dans une tâche pourtant différente de celle de leur poste « officiel », beffroi, bélier, arbalète, trébuchet, catapulte…et bim attack on the fortress…. et (très) souvent gagner. 
Quand le cavalier sait devenir tour ou le fou être la reine… l’équipe devient alors plus que la somme individuelle des joueurs… 
Comme les Stones période Mick Taylor, Fleetwood Mac quand y’a Peter Green, les Pixies avec Kim Deal… sauf que là, et c’est ça le truc vraiment fort, c’est jamais les mêmes gonzes et pourtant ça le fait depuis des siècles… remember for example un Zinzan Brooke, 3ème poutre de dingue, vrai poisson pilote de ses lignes arrières et de Lomu notamment… © King Frédo